Imaginer une économie politique alternative au capitalisme numérique

Nous souhaitons aborder les alternatives au capitalisme numérique dans le contexte spécifique du Québec. L’objectif du panel est d’initier l’élaboration d’une économie politique pour encadrer le numérique en présentant certaines alternatives inspirées de perspectives diverses. Pour ce faire, nous proposons d’abord une courte présentation pour introduire les politiques québécoises actuelles qui soutiennent le développement du numérique, en particulier de l’industrie des données et de l’intelligence artificielle (Joëlle Gélinas et Myriam Lavoie-Moore).  Une première piste d’alternative sera esquissée à partir de la perspective des communs numériques. La réalisation du potentiel de transformation sociale des communs numériques ne s’opère pas spontanément, elle nécessite de mettre en œuvre une politique du commun qui place l’activité de mise en commun au cœur de ses préoccupations, laquelle sera abordée dans cette présentation. Il nous semble par ailleurs indispensable de penser cette politique au-delà de la focalisation sur la propriété afin d’éviter toute récupération capitaliste des communs (Lisiane Lomazzi). La seconde proposition servira à tracer les grandes lignes d’une politique instituant un autre rapport aux données personnelles et comportementales que celui imposé par le modèle des GAFAM (François Desrochers).

Introduction aux politiques économiques du numérique du Québec

Joëlle Gélinas
Myriam Lavoie-Moore

Cette présentation a pour objectif de décrire les formes historiques de soutien au développement du numérique du Québec.  Nous montrerons les formes de soutien public qui ont été offertes à l’industrie de l’informatique dans les années 1980 jusqu’à celles offertes à l’industrie de l’intelligence artificielle aujourd’hui. Cet aperçu souligne à la fois l’ampleur du soutien public actuel ainsi que l’absence complète d’alternative susceptible de remettre en question le modèle adopté. Cette introduction permettra aux participant.e.s de comprendre l’urgence de réfléchir à une autre approche du développement du numérique, une approche qui ne favorise pas une élite privilégiée et les intérêts des firmes internationales.

Le(s) commun(s) comme préfiguration d’une économie numérique alternative?

Lisiane Lomazzi

La réalisation du potentiel de transformation sociale des communs numériques ne s’opère pas spontanément, elle nécessite d’élaborer et de mettre en œuvre une politique du commun qui place l’activité de mise en commun au cœur de ses préoccupations. Cela implique l’invention d’une stratégie politique du commun qui prenne au sérieux la nécessité d’une réflexion critique sur les enjeux concrets et spécifiques du capitalisme dans l’environnement numérique et permette l’articulation de diverses formes de mobilisation collective visant à ouvrir un horizon de possibilités d’alternatives se situant en-dehors et au-delà du capital. L’extension de la logique du commun à d’autres pratiques numériques commence par la garantie de leur pérennité dans la conjoncture sociotechnique qui est la nôtre. Les communs numériques ne sont en effet pas des systèmes sociaux endogènes, ils sont au cœur de relations de pouvoir entretenues vis-à-vis du capital et de l’État. Les pensées actuelles du commun ont principalement envisagé cette question au prisme de l’appropriation des ressources et de la dépossession des communautés. Cette focalisation sur la propriété porte à s’interroger sur la mise en place du meilleur mode de gouvernance possible au sein du capital. Cette interrogation, bien qu’étant nécessaire, n’est cependant pas suffisante. Il nous semble indispensable de la prolonger par une interrogation sur la manière dont la plus-value générée par l’activité même de mise en commun est susceptible de faire l’objet dans l’environnement numérique d’une intégration au sein du circuit de valorisation du capital financier. Penser les formes de résistance à ce parasitisme, nous semble primordial pour faire de l’expérience du commun le fondement du développement d’une base économique autonome et durable.

Pour un nouveau rapport à nos données

François Desrochers

Il est maintenant convenu que lorsqu’un site web est gratuit d’utilisation, c’est nous le produit. Nos données personnelles et comportementales sont précieuses pour les publicitaires et les sites web qui veulent peaufiner leurs techniques de persuasion et de rétention de l’attention. Le modèle d’affaire dominant pour les géants du web repose en grande partie sur l’accès gratuit à nos données. Une politique visant une démocratisation du web doit passer par un plus grand contrôle des individus sur leurs données. Cette présentation proposera les grandes lignes d’une telle politique basée sur une critique du modèle actuel.

mai 23 @ 11:30
11:30

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